Une société en partie responsable

Lorsqu’on parle d’obésité, on pense souvent à l’individu, à l’image d’un Américain bedonnant engloutissant des hamburgers à longueur de journée. Or notre société a aussi sa part de responsabilité.

Elle l’est tout d’abord indirectement, par son évolution qui a changé en profondeur notre façon de vivre. Au niveau professionnel, l’automatisation des tâches, les nouvelles technologies, la raréfaction de nombreux métiers manuels, le développement des moyens de transport ont sédentarisé le travail. On ne se dépense plus en travaillant, mais on ne le fait pas plus en s’amusant. Il y a moins d’un demi-siècle, la télévision faisait ses premiers pas dans les foyers aisés, l’internet et les jeux vidéo n’existaient pas, les loisirs comportaient donc une part d’activité physique bien plus importante. On brûlait sans cesse des calories. Aujourd’hui, selon le baromètre santé 2008 de l’INPES, seulement 43 % des 15-75 ans estiment avoir un niveau suffisant d’activité physique. Cette évolution de la société étant difficile à inverser, les campagnes de prévention visent surtout à réintégrer un minimum d’activité physique dans notre quotidien, d’autant plus que les rythmes de vie ne permettent pas toujours d’en faire avant ou après le travail.

Si la sédentarisation de la société ne semble imputable à personne, il n’en va pas de même pour la surconsommation de calories. D’abord parce que l’offre est omniprésente. Les rayons de supermarchés regorgent de produits gras, sucrés, salés, de plats en sauce préparés à consommer sur le pouce, de goûters hypercaloriques, le tout en quantités de plus en plus importantes. Et les restaurants ne sont pas en reste. Un exemple frappant : depuis 1955, dans les fast-foods américains, les portions de frites ont triplé et la taille des hamburgers a été multipliée par cinq. Quant aux barres chocolatées, elles sont treize fois plus grosses qu’en 1908. L’erreur serait de croire que seuls les États-Unis et leurs fast-foods sont concernés car cette démesure se propage partout dans le monde.

La télévision reflète très bien cela puisque ce sont les produits les plus gras, les plus sucrés ou les plus salés qui sont vantés à longueur de journée. Les quelques publicités pour les pommes ou les pruneaux et les messages de prévention ne pèsent pas bien lourd face à la marée des pâtes à tartiner, barres chocolatées, plats en sauces à réchauffer, hamburgers, etc. Par ailleurs, un nombre important de publicités se tournent vers les enfants, moins informés sur l’équilibre nutritionnel donc plus faciles à convaincre. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’obésité infantile fait des ravages. Or les personnes ayant un surpoids à l’enfance ou à l’adolescence sont plus exposées aux problèmes de poids que les autres.


 Sources

- Bilan et évaluation des programmes de prévention et de prise en charge (INSERM)
- Haute Autorité de Santé (HAS)
- Le Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation (EUFIC)

 

Auteur(s): Clément GILBERT, journaliste - Mise à jour lundi 30 septembre 2013