Allergies alimentaires, interview du Pr Denise-Anne Moneret-Vautrin

Allergies alimentaires, interview du Pr Denise-Anne Moneret-Vautrin

Entretien avec le Pr Moneret-Vautrin, immunologue et allergologue.

 

Actuellement, quelles sont les principales allergies alimentaires rencontrées chez l'adulte ?
Chez l'adulte, il s'agit d'allergies alimentaires, le plus souvent bénignes, dues à des phénomènes de parenté avec les pollens. Les plus fréquentes sont les allergies aux fruits et légumes européens jaunes, orange et rouges à noyau : pomme, poire, abricot, cerise, pêche… Arrivent ensuite les allergies aux fruits du groupe latex : avocat, kiwi, banane, châtaigne… Suivies des allergies au groupe des ombellifères : céleri et fenouil essentiellement.

Et chez l'enfant ?
Chez les enfants et dans tous les pays, le premier allergène, par ordre de fréquence, est l'œuf. Auparavant, il était suivi par le lait, récemment détrôné par l'arachide. L'allergie à l'arachide a commencé il y a une quinzaine d'années. C'est une allergie sévère qui, le plus souvent, ne guérit pas. Bientôt, on verra les premiers adultes allergiques à l'arachide : ce sont les enfants d'hier, nés vers 1990. En troisième position, c'est le lait, suivi du poisson et de la farine de blé. Le sésame, très utilisé dans la préparation des mets asiatiques, est aussi une allergie de plus en plus fréquente.

Dans le cadre de plats préparés par l'industrie alimentaire, l'étiquetage signale-t-il les principaux allergènes alimentaires contenus dans les produits ?
Les industries agroalimentaires possèdent une liste des principaux allergènes. Elles ont pris l'habitude de signaler sur leurs étiquettes les allergènes les plus importants et, en particulier, l'arachide. Mais la formulation de l'étiquette est laissée à leur libre appréciation. Et certaines, pour se prémunir de tout risque, sont maximalistes et mentionnent systématiquement : « peut contenir de l'arachide ». Cette formulation maximaliste ne doit pas se généraliser car, à force, les personnes allergiques à l'arachide n'auront plus accès à rien. Les industriels désirent aujourd'hui disposer, d'une part, de tests de détection des allergènes suffisamment précis pour pouvoir contrôler efficacement les produits et, d'autre part, connaître les quantités minimales qui font réagir les sujets allergiques. Des recherches sont en cours.

Comment une allergie alimentaire se manifeste-t-elle ?

Douleurs abdominales, diarrhées, urticaire, eczéma, asthme… les manifestations sont multiples. Notre préoccupation, ce sont les formes graves d'allergie et il y en a trois :

 

  • les chocs anaphylactiques, qui se manifestent par une chute de tension avec un risque de perte de connaissance ;
  • l'angio-œdème ou œdème de Quincke laryngé qui donne une asphyxie extrêmement rapide. Mais heureusement, le plus souvent, cette manifestation est incomplète et s'arrête à une gêne respiratoire ;
  • l'asthme aigu grave, qui va être traité en réanimation respiratoire.

Dans tous les cas, il faut appeler le Samu. Mais il est aussi impératif de faire un bilan allergologique une fois la crise passée. Dans ces cas graves, il faut pouvoir disposer d'une trousse de secours contenant de l'adrénaline auto-injectable, un corticoïde buvable (car l'efficacité est pratiquement aussi rapide qu'une solution injectable) et un bronchodilatateur.

Combien de Français sont-ils touchés par ces formes graves tous les ans ?
Il est difficile de le savoir. Ces personnes sont immédiatement transférées dans des services d'urgence et de réanimation qui traitent le malaise mais n'en recherchent pas la cause. Inversement, quand elles consultent plus tard l'allergologue, ce dernier fait le diagnostic mais ne le déclare pas. Raison pour laquelle j’ai créé le premier réseau d'allergo-vigilance en France qui réunit actuellement 195 allergologues. Ce réseau sera en charge de mettre en relation des médecins entre eux. Il permettra de communiquer des données précises et importantes sur les allergies alimentaires. Aujourd'hui, il s'inscrit au cœur du Cercle d'investigations cliniques et biologiques en allergologie alimentaire (CICBAA) qui réunit 580 médecins : allergologues, pédiatres et pneumologues essentiellement.

 

Sources

 

- Allergies alimentaires : où en est-on, Nutrinews, entretien avec le Pr Moneret-Vautrin, immunologue, allergologue - Hôpital de Nancy, Université de Nancy, n°109, mars 2001
- Revue Alim'Inter, éditée par le CICBAA
- Dr Dominique Baelde, chef adjoint du bureau nutrition et information sur les denrées alimentaires (DGCCRF), Paris

Auteur(s): Ghislaine Trabacchi, journaliste - Mise à jour lundi 14 août 2017

En savoir plus

Une réglementation sur l’étiquetage des produits alimentaires a été adoptée par l’Union Européenne (Règlement UE n° 1169/2011) et publiée au journal officiel le 22 novembre 2011. L’objectif de cette réglementation est d’améliorer l’information du consommateur et de mettre à sa disposition des étiquettes à la fois simples et lisibles.

Elle aborde 4 points majeurs :
- l’amélioration de la sécurité des personnes souffrant d’allergies alimentaires ;
- l’amélioration de l’information sur la composition nutritionnelle des produits ;
- l’origine des différents types de viandes ;
- l’amélioration de la lisibilité des informations.