Qu'est-ce qu'une addiction ?

Qu'est-ce qu'une addiction ?

On ne fait pas attention et très vite une activité quotidienne, voire très regulière quelle qu'elle soit, peut devenir une addiction : comment la detecter, la prevenir ou en sortir ?

Étymologiquement le terme addiction signifie « asservissement par le corps ». L’addiction est définie comme une conduite qui repose sur une envie répétée et irrépressible malgré la motivation et les efforts du sujet pour s’y soustraire. Une addiction peut être liée à la consommation de substances psycho-actives (alcool, tabac, médicaments, drogues …) ou être d'ordre comportementale (addiction aux jeux, au travail, achats compulsifs…).

Les facteurs de l'addiction

Les facteurs qui peuvent mener à un comportement addictif sont très variables selon les individus. Ils résultent de la conjonction de différents déterminants :

  • psychologiques : l’attrait pour l’inconnu, la recherche de plaisir ou de bien-être, le désir d’enrichir son expérience, le besoin de faire face à des situations difficiles… ;
  • sociaux : l'environnement privé ou professionnel… ;
  • biologiques : la libération de dopamine par le cerveau qui active un système de récompense.

De l'usage à la dépendance

Par simple curiosité, en réponse à la recherche de plaisir ou au besoin de diminuer des tensions, la rencontre entre un individu et un produit ou un comportement peut l’entraîner dans un engrenage le rendant « esclave ». Il est quelquefois difficile d’évaluer les limites entre un usage normal ou pathologique.

  • L'usage se définit comme une comportement ou une consommation ponctuel(le) ou régulier(e), pouvant ou non, occasionner des risques pour la santé ;
  • L'abus (ou usage nocif) se traduit par un comportement ou une consommation excessif pouvant occasionner des complications physiques ou psychiques. Un comportement excessif n’est pas forcément synonyme de dépendance. Tout individu est régi par le principe de plaisir et peut entretenir un rapport démesuré à un objet (jeux, alimentation, télévision…) sans en être dépendant. Cet usage excessif peut cependant avoir des conséquences négatives sur l’individu, au niveau psychologique, relationnel, social, et même physique ;
  • On parle de dépendance quand le comportement ou la consommation sont répétés occasionnant une difficulté à se contrôler et une reproduction du comportement ou de la consommation malgré la connaissance de leurs effets nocifs sur la santé.

Dans une situation de dépendance à un comportement ou un produit, l’individu crée un nouvel équilibre personnel en intégrant l’objet dans sa vie, même si cela se fait au détriment d’autres activités et met en danger sa vie sociale ou affective.

Dépendance physique et dépendance psychique

La dépendance physique est spécifique à la consommation de substances. La privation de la consommation de certains produits psychoactifs (opiacés, tabac, alcool, médicaments) engendre un état de manque qui se traduit par des symptômes physiques qui varient selon le produit (tremblements, convulsions…). Ces symptômes peuvent être accompagnés de troubles du comportement (anxiété, irritabilité, angoisse, agitation…). Le besoin de consommation devient alors irrépressible.

La dépendance psychique est commune à l’ensemble des addictions avec ou sans produit. Elle se subdivise en deux sous-groupes :

  • la dépendance psychologique : le désir insistant et persistant du comportement ou de la consommation du produit, qui peut parfois se traduire par des manifestations psychosomatiques (véritables douleurs physiques sans cause physiologique). Des exemples de dépendances psychologiques très répandus sont la dépendance au travail, à l’activité physique ou intellectuelle, qui peut aboutir au surmenage ;
  • la dépendance comportementale : elle correspond à des stimulations générées par les habitudes ou l’environnement social, familial ou professionnel (certains moments de la journée, certaines circonstances...).

On distingue trois phases dans le comportement de dépendance :

  • sensation croissante de tension, de mal-être, avant l’apparition du comportement ;
  • soulagement voire le plaisir pendant l’accomplissement du comportement ;
  • sensation de perte de contrôle pendant le comportement.

Les critères d'addiction

Des critères d’addiction applicables à l’ensemble des comportements (avec ou sans produit) ont été proposés en 1990 par Aviel Goodman (psychiatre américain).

Il s'agit de :

A.  Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement.
B.  Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement.
C.  Plaisir ou soulagement pendant sa durée.
D.  Sensation de perte de contrôle pendant le comportement.
E.  Présence d’au moins 5 des 9 sous-critères suivants : 

  • Préoccupation fréquente au sujet du comportement ou de sa préparation. 
  • Intensité et durée des épisodes plus importantes que souhaitées à l’origine.
  • Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le comportement. 
  • Temps important consacré à préparer les épisodes, à les entreprendre ou à s’en remettre.
  • Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des obligations professionnelles, scolaires ou universitaires, familiales ou sociales. 
  • Activités sociales, professionnelles ou récréatives majeures sacrifiées du fait du comportement.
  • Perpétuation du comportement, bien que le sujet sache qu’il cause ou aggrave un problème persistant ou récurrent d’ordre social, financier, psychologique ou psychique.
  • Tolérance marquée : besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré, ou diminution de l’effet procuré par un comportement de même intensité.
  • Agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement.

F.  Certains éléments du syndrome ont duré plus d’un mois ou se sont répétés pendant une période plus longue.


Ces critères d’addiction montrent bien que dans le cadre d’une addiction à un produit ce n’est pas le produit qui définit l’addiction, mais le rapport qu’entretient la personne avec ce produit dans son contexte socio-environnemental. Le concept d’addiction initialement associé aux toxicomanies, à l’alcoolisme ou au tabagisme s’élargit à d’autres conduites comme le jeu pathologique, les achats compulsifs, la cyberdépendance, la sexualité…
 

Sources

- INSEE
- rapport de l'INSERM de 2008 sur l'activité physique
- Étude de l'Observatoire National des jeux vidéo menée en 2010
- Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie Comité de la Nièvre : www.anpaa.asso.fr
- Centre de Référence sur le Jeu Excessif : www.crej.fr
- Guide "Nouveaux modes d'addiction sans produit" - Harmonie Mutuelle

Auteur(s): Clément GILBERT, journaliste - Mise à jour mercredi 11 avril 2018

Voir aussi

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