L’immunothérapie allergique ou désensibilisation : mode d’emploi

L’immunothérapie allergique ou désensibilisation : mode d’emploi

Rééduquer le système immunitaire pour atténuer l'allergie c'est possible !


Pour les personnes souffrant d’asthme, de rhinite ou de conjonctivite allergiques, la désensibilisation, grâce aux progrès obtenus sur la purification des allergènes, est aujourd’hui un traitement sûr et efficace. Elle consiste à rééduquer le système immunitaire en administrant au patient des doses croissantes et progressives de l’allergène responsable pendant au moins 3 ans afin d’induire une tolérance accrue à long terme.


Ce qu'il faut retenir

La désensibilisation ou immunothérapie spécifique est une thérapie moderne de l’asthme, de la rhinite et de la conjonctivite allergiques. Les nouvelles avancées en biologie ont permis de montrer que ce traitement modifie réellement le terrain immunologique. Par rapport aux traitements médicamenteux de crise, cette technique offre un effet curatif et prolongé dans le temps, elle s’oppose au développement de nouvelles allergies et évite l’aggravation de la maladie. C’est pourquoi elle doit être proposée tôt.
Elle peut être pratiquée dès l’âge de 5 ans grâce à l’administration des allergènes par voie sublinguale qui évite les piqûres. Elle reste cependant longue et contraignante puisque la durée du traitement est supérieure à trois ans.
Elle est contre-indiquée en cas d’asthme sévère ou de déficit immunitaire et chez la femme enceinte.
La désensibilisation est remboursée par l'Assurance maladie.

 

Quand l’entreprendre ?

Actuellement, tous les allergènes ne sont pas utilisables pour une désensibilisation, celle-ci étant surtout réservée aux pneumallergènes (c’est-à-dire inhalés).


Quelle est sa durée ?

Bien qu’il n’existe pas de consensus publié concernant la durée optimale d’une immunothérapie spécifique, il est classique d’envisager un traitement de trois à cinq ans.
Cette durée sera bien entendu écourtée en cas d’inefficacité et la question d’un arrêt de l’immunothérapie peut se poser s’il n’existe aucune amélioration clinique dans un délai de six mois pour les allergies perannuelles et après deux saisons polliniques pour les allergies saisonnières. Dans tous les cas, il convient donc de réévaluer périodiquement avec le médecin allergologue la nécessité de poursuivre ou non le traitement et les modalités de suivi.


Comment se prend l’extrait allergénique ?

Il existe deux modes principaux d’administration des allergènes :

  • la désensibilisation par voie sous-cutanée, la plus ancienne, consiste à réaliser des injections tous les huit jours, puis tous les quinze jours, et enfin tous les mois pendant au moins trois ans. Elle nécessite de se déplacer chez son médecin. La progression et la quantité des doses à administrer, sont parfaitement standardisées.

  • la désensibilisation par voie sublinguale consiste à déposer quelques gouttes de l’extrait allergénique sur un morceau de sucre, puis à le laisser fondre sous la langue pendant deux minutes, sans avaler. Cette technique est beaucoup moins contraignante que celle utilisant des injections car elle se réalise à domicile. Comme elle évite les piqûres, c’est le traitement de choix pour les jeunes enfants (à partir de 5 ans). 

En revanche, le traitement est plus astreignant (la prise étant quotidienne ou un jour sur deux), le patient est moins bien suivi médicalement (n’étant plus obligé de se déplacer chez son médecin), l’observance parfaite du traitement est plus aléatoire et les taux de réussite moins bien évalués.
Le choix de la voie d’administration est une décision concertée entre la personne allergique et son allergologue.


Sources

- Professeur Moneret-Vautrin, allergologue à Nancy

- « Les voies de la biotechnologie », Le Quotidien du Médecin, mai 2004

- « L’immunothérapie spécifique obtient de bons résultats chez les patients allergiques », Les rencontres d’allergologie de Paris, janvier 2000

- Dossier de presse 9ème Journée française de l'Allergie -  "Allergie, j'agis ! dès aujourd'hui" - mars 2015.




Auteur(s): Emmanuelle BILLON-BERNHEIM, journaliste - Mise à jour jeudi 12 mars 2015